Le paysage culinaire français est régulièrement marqué par des chefs de renom qui choisissent de voler de leurs propres ailes pour exprimer leur identité. On pense notamment à Stéphanie Le Quellec, qui après son succès à Top Chef, a brillamment ouvert La Scène à Paris, ou encore à Mory Sacko, figure de l'émission également, avec son établissement Mosuke, où il fusionne influences africaines et japonaises. Plus récemment, autre talent vu dans le concours culinaire de M6 : Mallory Gabsi a également marqué les esprits avec son restaurant éponyme, confirmant cette tendance des talents du petit écran à bâtir des institutions durables. Pourtant, une autre figure du milieu, bien connue pour son audace créative, a choisi de s'éloigner du modèle de restauration classique pour proposer un projet radicalement différent.
Vincent Lucas est un nom indissociable du terroir périgourdin. Durant douze années, il a porté avec passion une étoile au Guide Michelin pour son restaurant Etincelles, à Sainte-Sabine-Born. Cependant, le 18 janvier 2021, le chef vit un véritable séisme professionnel : il apprend par un journaliste la perte de son précieux macaron. Selon Nouvelles Gastronomiques, ce fut un choc brutal, Vincent Lucas se disant "terrassé" par une décision prise sans avertissement préalable, dans un contexte de crise sanitaire déjà éprouvant pour la profession. Cette épreuve, qu'il a comparée à un deuil, a provoqué chez lui une remise en question profonde. Plutôt que de s'enfermer dans l'amertume ou de tenter de reconquérir les codes stricts du Guide Rouge, le chef de 52 ans a choisi de transformer cette douleur en une quête de liberté. En 2022, il fait l’acquisition d’un ancien corps de ferme à Saint-Germain-des-Prés, dans le Périgord vert, en Dordogne, pour y bâtir "sa troisième vie" loin de la pression des inspecteurs. "C'est bien chez moi, mais le resto ne s'appellera pas Chez Vincent", a-t-il blagué sur Instagram. Finalement, le projet porte un nom qui lui convient parfaitement : Energumène.
L'essence d'Energumène repose sur ce que le chef appelle désormais une cuisine libre et dissidente. Ici, l'apparat disparaît au profit de l'humain : pas d'argenterie, pas de nappes blanches ni de brigade de serveurs. Vincent Lucas travaille seul, à l'inspiration, et bouscule le service traditionnel puisque les clients sont invités à venir chercher leurs assiettes directement auprès de lui, favorisant ainsi la proximité et l'échange. Ce mélange entre gastronomie, esprit bistrot et convivialité de guinguette vise à créer un lieu vivant. Les formules proposées reflètent cette volonté d'accessibilité. Le midi, une carte "du marché" propose des plats élaborés avec des produits locaux pour des tarifs compris entre 8 et 24 euros. Le soir, le chef propose un menu dégustation surprise à 39 euros, dont la composition peut évoluer au cours même du service selon ses envies. Enfin, une "table d’hiver" sous forme de table d’hôte peut accueillir jusqu’à huit personnes pour un menu dégustation à 49 €. Ce nouveau chapitre marque le retour d'un cuisinier qui, après avoir connu les sommets et les chutes du système Michelin, privilégie désormais la complicité sincère avec ses convives.
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