Patrick Bruel, 67 ans, fait face à une procédure judiciaire d'une ampleur inédite. Les mises en examen couvrent quatre dossiers : un viol en région parisienne en 2008, une tentative de viol à Bruxelles en 2010, une agression sexuelle et du harcèlement dans le sud de la France en 2019, et un dossier de harcèlement à Ajaccio la même année. Dans quatre autres affaires, dont des viols en Bretagne en 2012 et dans le sud de la France en 2015, il bénéficie du statut plus favorable de témoin assisté. Un dernier dossier, concernant un viol à Grenoble en 2000, a été classé pour cause de prescription. C'est le site d'investigation Mediapart qui avait révélé l'affaire le 18 mars, en donnant la parole à Daniela Elstner, directrice générale d'Unifrance, qui accuse le chanteur de l'avoir agressée sexuellement et d'avoir tenté de la violer en novembre 1997 lors du festival du Film français d'Acapulco, au Mexique. Elle avait alors 26 ans. Durant la garde à vue de l'artiste, trois nouvelles plaintes pour viols et tentative de viol ont par ailleurs été annoncées par ses avocates.
Le contrôle judiciaire impose à Patrick Bruel des obligations strictes : interdiction de quitter le territoire français, de contacter les victimes et leur entourage, de se rendre à leur domicile ou de fréquenter un salon de massage. Il devra également justifier d'un suivi psychologique et verser un cautionnement de 500 000 euros. Le parquet avait pourtant requis la détention provisoire, estimant avoir "pris la mesure de la gravité et de la multitude des faits et d'un éventuel risque de renouvellement et de pressions sur les victimes ou les témoins", selon les mots de Me Iris Biehler, avocate de deux plaignantes, qui y voyait "un signal fort de l'accusation". Le juge des libertés et de la détention n'a pas suivi cette recommandation.
Pour Me Jade Dousselin, qui représente Daniela Elstner, la mise en examen reste néanmoins une avancée majeure : "C'est une vraie première victoire judiciaire pour les victimes. J'ai évidemment une pensée particulière pour Daniela Elstner, qui a été la première dans cette nouvelle procédure à avoir courageusement ouvert la voie et grâce à qui cette procédure en est là." Me Myriam Guedj-Benayoun, défendant deux autres accusatrices, s'est montrée plus sobre : "On va pouvoir travailler avec la justice." Certaines voix restent cependant amères. Me Carine Durrieu Diebolt, avocate de l'une des plaignantes, a interpellé sur BFMTV : "Dans un dossier qui est potentiellement très médiatique, combien de femmes il faut pour accuser une célébrité, pour parvenir à des poursuites judiciaires ?"
Sous la pression des accusations, Patrick Bruel avait annoncé fin mai l'annulation de la majeure partie de sa prochaine tournée, qui devait débuter mi-juin à Paris avant de le mener dans plusieurs festivals en France, en Suisse et en Belgique. Des organisateurs au Québec et en Suisse l'avaient déjà écarté de leurs programmations.