Positivement tourné vers l'avenir, entre la vente du château de Marienburg devenu un poids pour les finances familiales et l'arrivée prochaine (déjà !) de son second enfant avec sa femme Ekaterina, prévue en avril, le prince Ernst August de Hanovre junior doit composer avec les réticences de son père, qui ont donné lieu à une querelle très médiatisée.
Le jeune homme de 35 ans était parvenu en fin d'année 2018, après pas moins de huit années de négociations, à un accord portant sur la cession du château de Marienburg, fief ancestral de la maison de Hanovre dont la restauration coûterait à elle seule 27 millions d'euros, à l'État allemand pour un euro symbolique. Ce château, son père le prince Ernst August senior le lui avait cédé ainsi que nombre d'autres possessions de la Maison royale de Hanovre, entre 2004 et 2006. Mais, une quinzaine d'années plus tard et après avoir boycotté en 2017 son mariage avec la créatrice russe Ekaterina Malysheva sous couvert de craintes pour l'avenir du patrimoine familial, le paternel lui a déclaré la guerre pour la restitution de ces "cadeaux", au point de tenter d'empêcher la vente de Marienburg. Ainsi en-a-t-il appelé, via un courrier à la teneur belliqueuse, à l'autorité du gouvernement régional du Land de Basse-Saxe pour bloquer cette transaction qu'il jugeait "indigne et illégale", en réponse à quoi le processus de cession a été mis en suspens, le temps que père et fils règlent leur différend.
Alors que le prince Ernst August de Hanovre a dû subir une opération d'urgence après une pancréatite aiguë et que son état de santé général est un sujet de préoccupation dans son entourage, son fils aîné, sans faire d'allusion à cette situation médicale, est sorti du silence et s'est exprimé pour la première fois sur leur litige dans les colonnes du quotidien régional Hannoversche Allgemeine. En substance, il dément catégoriquement les allégations de son père, lequel affirmait qu'il avait les moyens d'entretenir le domaine.
Mon père a laissé des dettes considérables
"C'est faux. Avec mes moyens, une rénovation durable ne peut être réalisée. Pour ce qui me concerne, la limite de la faisabilité financière a été atteinte", déclare le jeune prince, tout en faisant valoir que la rentabilité du château de Marienburg, dont la fréquentation a été multipliée par six sous son impulsion (200 000 visiteurs par an), a été "considérablement améliorée" ces dernières années (grâce notamment à la création d'un restaurant et des travaux dans la tour principale). Mais, afin de rendre ce "monument culturel d'importance nationale" accessible au public en permanence, il faudrait encore réaliser une série d'investissements lourds. "Mes revenus sont loin d'être suffisants", objecte celui qui descend à la fois de l'empereur Wilhelm II, du roi George III d'Angleterre et de la reine Victoria. Et, conscient que cette charge va de fait reposer sur les épaules du contribuable allemand, de tordre le cou au "mythe" qui voudrait que la Maison Welf (dynastie remontant aux Carolingiens) soit "incommensurablement riche" : "En toute honnêteté : d'où pourrais-bien être détenir une telle fortune ? La propriété qui m'a été cédée en 2004 est de loin moins importante que ce qui est souvent avancé et, abstraction faite des bâtiments classés, se compose pour l'essentiel de surfaces qui valent pour leurs terres agricoles et leurs forêts. Les revenus qui en découlent ont dès le départ été insuffisants pour entretenir ou réhabilité le château de Marienburg. Je serais heureux et fier de pouvoir entretenir moi-même le château, mais je ne le peux pas, c'est aussi simple que cela", fait observer le jeune banquier.
Le prince Ernst August de Hanovre doit également se défendre de s'enrichir personnellement au passage par la vente d'oeuvres d'art (une centaine de pièces cédées au Musée régional de Hanovre pour 2 millions d'euros), expliquant que le produit de la vente doit permettre d'éponger l'emprunt contracté par la société d'exploitation du domaine (EAC GmbH, dont sa mère Chantal Hochuli est actionnaire), sans parler d'une collection d'objets d'art appartenant à sa famille prêtés pour être exposés.
Abordant le problème jusqu'au fond, le jeune homme ne se prive pas d'incriminer son père concernant l'état critique des finances de Marienburg : "L'argent est parti en fumée, dit-il ainsi des 44 millions d'euros rapportés en 2005 par une vente aux enchères qui devait permettre d'assurer la préservation du château. Une grande partie du produit de la vente a été utilisée pour rembourser des créances contractées avant ma prise de responsabilité. Il a fallu rembourser les dettes considérables laissées par mon père et procéder à une recapitalisation. Et, avant que vous demandiez, non : au moment de la vente aux enchères, je n'avais pas connaissance du montant des frais qu'il allait falloir engager."
À en croire l'héritier de la Maison de Hanovre, ce sont même les dettes conséquentes accumulées par Ernst August senior qui auraient tué dans l'oeuf le projet d'une fondation censée garantir la préservation du château. "La solution d'une réhabilitation du château par le biais d'une fondation n'était pas possible étant donné que les dettes accumulées par mon père étaient beaucoup plus élevées que ce que l'on craignait, regrette l'aîné des trois enfants du prince, par ailleurs père du prince Christian, fils de sa première épouse, et de la princesse Alexandra de Hanovre, fille de la princesse Caroline de Monaco. Je ne voudrais pas spéculer sur ce qu'il a fait pour s'endetter ainsi, mais ce qui est sûr, c'est qu'il n'a pas créé d'actifs sur lesquels nous aurions pu nous appuyer pour conserver le château. Cet argent a disparu."
Reste maintenant à mener la vente jusqu'à son terme en dépit de l'opposition du prince Ernst August senior. "La situation juridique est claire, pose junior : je suis propriétaire du château de Marienburg et, à ce titre, inscrit au registre foncier sans aucune restriction. Tous les délais légaux pour une éventuelle récupération des dons de mon père ont expiré depuis longtemps. Il ne fait également aucun doute que je suis en droit de conclure les contrats envisagés qui garantiront la préservation permanente du château de Marienburg et de ses oeuvres d'art pour le public. Je suis convaincu que la clarification de la situation juridique demandée par l'Etat de Basse-Saxe le confirmera dans un bref délai."